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  • Avignoun, jun 1814 - 4/5

    Avignon, juin 1814 - 4/5
    Avignon, june 1814 - 4/5

    SOUVENIRS MILITAIRES D'HYPOLITE D'ESPINCHAL

    LE PEUPLE SOUVERAIN D'AVIGNON - LES ÉMEUTES À AVIGNON

    Les trois semaines que nous passâmes à Avignon furent plus que suffisantes pour nous attirer les sympathies des habitants au point que, lorsque l'ordre de notre départ arriva, les autorités de la ville voulaient demander au ministre de la Guerre de nous garder ; mais elles en furent détournées par le général Mermet qui déjà avait écrit vainement à cet effet ; mais, ce qui prouva du moins que nous avions rempli nos engagements et qu'en alliant la justice et la fermeté, on parvient à calmer le peuple le plus revêche.

    C'est ici l'occasion, avant de quitter cette ville, de rappeler quelques faits dont plusieurs journaux entretinrent leurs lecteurs et qui servent à prouver l'inconstance des hommes en matière politique, ainsi qu'on doit attendre d'une révolution quelconque.

    Huit jours s'étaient écoulés depuis notre arrivée à Avignon sans qu'aucune rixe ni la moindre plainte eussent mérité le blâme des autorités, l'accord le plus parfait régnait entre nous et les habitants et rien n'annonçait qu'il dût être troublé, lorsqu'un jour, je reçus une lettre anonyme, s'exprimant dans les termes les plus honnêtes, m'annonçant, pour le lendemain, la visite de quelques malotrus dont les intentions semblaient hostiles et m'engageant à me tenir sur mes gardes ; les expressions de cette missive avaient un caractère de telle vérité qu'il me fut facile de comprendre pourquoi elle n'était pas signée, et ne doutant pas de la véracité de son contenu, je pris mes dispositions en conséquence ; en effet, sur les neuf heures du matin, moment assez mal choisi par les visiteurs puisque c'était celui du rapport où les officiers devaient se présenter chez moi, on me prévint que trois individus assez mal vêtus désiraient me parler ; je fis aussitôt placer les officiers dans une chambre attenante à celle où j'étais, ne gardant près de moi que l'adjudant sous-officier et ordonnai de faire entrer les trois personnages en question ; parmi eux se trouvait ce même homme qui, lors de notre arrivée en ville, m'avait si impertinemment frappé sur le genou en me faisant part de ses désirs ; j'avais eu, depuis, des renseignements sur cet homme abominable qui, en 93, avait été un des principaux acteurs des horribles massacres de la Glacière à Avignon et était devenu un atroce démagogue royaliste, tout prêt à commettre de nouveaux crimes.

    Lorsqu'on introduisit ces trois individus à la figure ignoble et sinistre, j'étais assis le dos tourné à la muraille, ayant devant moi une grande table en forme de bureau sur laquelle se trouvaient quantité de papiers et un pistolet ; j'en tenais un autre entre mes mains, et j'y introduisais la baguette comme ayant l'air de vouloir m'assurer qu'il était bien chargé ; debout, et à ma gauche, était l'adjudant. « Que voulez-vous, dis-je à ces trois hommes sales, débraillés et insolents dans leurs manières ? Monsieur, me dit celui de ma connaissance, nous avons appris que vous étiez noble et qu'on vous appelait comte, et nous venons au nom de la population vous témoigner la surprise où nous sommes que vous n'ayiez point encore fait, ainsi que votre régiment, des démonstrations royalistes franches et énergiques, vous invitant à y adhérer sur-le-champ, si vous voulez éviter les désagréments qui pourraient arriver dans le cas contraire. »

    Ces insolentes paroles, l'air ignoble de ces trois porte-faix sentant l'eau-de-vie et le tabac, m'inspirèrent un tel dégoût et un mépris si profond que, reprenant aussitôt mon sang-froid prêt à m'échapper, je fis un signe à l'adjudant qui fit à l'instant rentrer les officiers qui étaient dans la chambre à côté.

    « Messieurs, leur dis-je, je vous présente cette honorable députation se disant la voix du peuple d'Avignon, parmi laquelle vous distinguerez (en désignant du doigt) le sieur Tristany, de sinistre mémoire, qui vient nous donner des conseils un peu brusques sur la conduite que nous avons à tenir ici, si nous voulons mériter la bienveillance des habitants. Mais, comme j'ai l'assurance que vous pensez comme moi à cet égard et qu'il n'appartient qu'à notre général de nous donner des ordres, je vais prier ces messieurs de vouloir bien attendre la réponse qui nous sera faite à ce sujet. » Et, sur un autre signe à l'adjudant, celui-ci sortit et revint aussitôt accompagné d'un maréchal des logis et huit chasseurs de la compagnie d'élite, invitant la susdite députation à les suivre à leur poste ; ces misérables, stupéfaits d'abord et comme atterrés, reprirent bientôt leur insolence et proférèrent des menaces qui se perdirent dans le lointain lorsque les chasseurs les emmenèrent. Je me rendis aussitôt près du général qui me conduisit chez le préfet, lesquels approuvèrent ma conduite et ce dernier, en faisant venir mes prisonniers, les remit entre les mains du procureur du roi.

    La ville fut bientôt instruite de cet événement, et, le soir, nos chasseurs dansaient des farandoles avec les femmes et les filles de ce même peuple qui riait de la mésaventure de ses prétendus députés.

    À suivre...

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